AFFICHE GDE PORTE MAIL

t’as fermé grande porte ?

Il y a bien longtemps, au Cirque Municipal d’Amiens, le magnifique cirque Jules Verne, vivait un vieux monsieur. Il habitait là, bien avant la restauration du bâtiment, dans une petite loge d’artiste encombrée et douteuse, dont la porte donnait sur la coursive sombre aux pavés de bois, face aux anciennes stalles des chevaux.

C’était à la fois le gardien, on ne sait selon quel arrangement, la mémoire vivante de ce lieu chargé d’histoires et d’émotion, et le fantôme qui portait en lui les courses des artistes entre les numéros, les cris des palefreniers préparant les chevaux, la chaleur inquiétante des éléphants qui eux aussi avaient leur partie réservée, les chuchotements et les émois du public.

C’était un grand monsieur, un peu voûté, et ses vêtements étaient toujours tachés par le dernier repas.

Il était sourd et criait quand il parlait. Sa prononciation, maladroite, un peu germanique, troublait les enfants. Il s’inquiétait sans cesse que le cirque soit bien fermé, et lançait à chaque personne qui entrait ou qui sortait : « T’as fermé grande porte ? »

Pitch

En attendant le retour improbable de son directeur, Pozzo, un vieux garçon de piste garde le cirque et raconte sa vie.

Descriptif

Dans un cirque encombré de vieux matériel, agrès, pendrillons, accessoires divers, haubans, toile, costumes élimés, vit Pozzo, un homme sans âge, vieux gardien du temple, fantôme du cirque. Dans la pénombre, un vieux cheval, un chien. Le public, lui aussi fantôme, assiste à son réveil, à son intimité, à ses rituels du matin.

Se parlant à lui-même ou à des personnes qu’il croit reconnaitre, il raconte sa vie, et celle de son directeur, Mr Crialli, disparu après une histoire d’amour. C’était hier ou il y a vingt ans, on ne sait pas. Mais il en est sûr, Mr Crialli reviendra. Depuis, notre petit bonhomme, fait tout, investi de la lourde responsabilité de maintenir le cirque en bon état. Un jour, on reprendra la route ! Ce faisant, il égrène ses histoires, drôles ou sordides, glorieuses ou piteuses. Mais sa mémoire n’est plus très fiable et tout se mélange : ce qu’il a vécu, ce qu’il invente, ce qu’il a entendu, sa vie personnelle et ce qui appartient à la mémoire collective du cirque, vraie ou mystifiée.

Transparait dans tout cela sa solitude, sa condition d’anonyme au service d’un rêve de cirque, rêve qui lui a pris tout sa vie. Pozzo navigue ainsi entre le pathétique et le burlesque, sensible et maladroit. C’est un naïf, au sens de l’Auguste. On pourra d’ailleurs lire cette création comme une évocation de la légende de l’Auguste, simple garçon de piste qui se retrouve suite à un incident, investi de la fonction comique.

Cette recherche porte sur la mémoire, notamment au travers de l’oralité. Les histoires de cirque, que tout circassien a plaisir à raconter, souvenir de spectacles, de rencontres, de montages, de « belles pannes ». La gloire et la misère d’un monde où tout est en fragile équilibre.

Elle porte aussi sur le sacré, avec lequel le cirque, plus que tout autre forme de spectacle, a un rapport évident : le cercle, dont le sens profondément symbolique renvoie à des temps immémoriaux, les rituels divers des dompteurs, des acrobates, le côté sacrificiel, autrefois mis en scène et aujourd’hui poétisé, la sublimation du corps et sa douleur, le rapport à la nature brute et sauvage, autant d’éléments qui traversent les époques et restent aujourd’hui encore, même si les esthétiques ont évolué et que la notion de « cirque » s’est diversifiée et élargie, partie intégrante de la « cérémonie » du cirque.

Enfin, avec ce projet, le Cirque du Docteur Paradi continue l’exploration de thèmes qui nourrissent sa ligne artistique, à savoir la mémoire du cirque, notamment dans les trois créations suivantes : « Le cirque du Docteur Paradi » (1986), « Le Baiser de l’Auguste » (1997), « Les plus vieux trapézistes du monde » (2002). Ce travail résonne aussi avec la Roulotte Bibliothèque (fonds itinérant de documentation historique, romanesque et iconographique sur l’univers du cirque) mise sur les routes en avril 2008, élément essentiel du travail de transmission de la « culture du cirque » que la compagnie a engagé depuis plusieurs années.

 

l'équipe artistique

idée originale, écriture : Jean-Christophe Hervéet regard extérieur : Mads Rosenbeck création lumière : Noé Duval création musicale : Pascaline Hervéet conseil artistique : Sky de Sela