passation

L’aventure aurait pu s’arrêter là.

Les traces restantes d’un parcours poétique de trente cinq ans auraient pu s’archiver sur d’obscures étagères éveillant la curiosité improbable d’un chercheur ou d’un collectionneur, les quelques empreintes laissées dans les mémoires s’estompant peu à peu, le matériel dispersé, le chapiteau -ce cher chapiteau- vendu.

Mais la vie artistique est telle que lorsqu’il n’y a pas, ou presque pas de filiation directe, celle-ci s’invente spontanément, naturellement.

Ainsi en est-il de Bertrand et de Noë, pour qui l’hypothèse de la fin de notre cirque n’était pas acceptable, ainsi en est-il de Pascaline, pour qui dans cette histoire, le lien artistique avec Paradi a été l’élément déterminant.

Le cirque du Dr Paradi, compagnie historique du premier cercle des « nouveaux cirques » va donc continuer sa route. C’est, d’un point de vue sentimental, fort et remarquable. C’est remarquable à bien d’autres titres.

Au-delà de l’investissement constant et profond des membres fondateurs, les soutiens publics et institutionnels dont nous avons bénéficié sur plus de trois décennies gardent leur pertinence et leur utilité. Ils permettent ainsi à Paradi de prendre un nouvel essor, de nouvelles formes, et de se développer sur une autre échelle de temps que celle de la durée de vie d’une compagnie.

Ils permettent l’existence d’une nouvelle équipe sans qu’il y ait création et mise sur « le marché » d’une nouvelle structure.

Ils permettent qu’un patrimoine artistique trouve son prolongement sur une deuxième génération, et que cette deuxième génération y imprime sa propre marque. Et c’est bien cette nouvelle signature qui compte, et qui comptera.

D’ores et déjà, si la création 2013 « À DADA !!! » ne fait pas, loin s’en faut, table rase des valeurs et des thèmes qui ont constitué jusqu’à maintenant les « fondamentaux » de Paradi, l’imaginaire et l’écriture ont une « patte » qui s’en décale et ouvre de nouvelles voies.

Si la monstruosité est toujours là, la vision en est différente, si le monde forain y est toujours interrogé, c’est dans une écriture nouvelle, si les rapports humains y sont toujours explorés, ils sont mis à nu avec un autre regard, si les chevaux sont toujours dans la piste, c’est avec un savoir-faire beaucoup plus abouti, dans un partenariat plus riche et en meilleure intelligence.

Je me réjouis que cette transmission se fasse. C’est pour Régine Hamelin et moi-même qui portons cette compagnie depuis ses premiers jours, pour moi qui me suis investi fort dans la reconnaissance du cirque à une époque où il était considéré comme un art mineur, puis qui me suis toujours engagé pour améliorer les conditions de création, d’existence des compagnies de cirque et de diffusion de leurs spectacles, une immense satisfaction.

C’est pour moi, après trente cinq ans dans la piste, un inestimable cadeau.

Longue vie au Cirque du Docteur Paradi.

Jean-Christophe Hervéet

La passation

Notre histoire avec Noé Duval et Bertrand Benoît au sein du Cirque du Docteur Paradi commence avec « Love Love Circus » (coproduction Les Elles/Cirque du Dr Paradi) en 2005.

On peut dire que nous avons fait nos premiers pas en piste ensemble. Pour Bertrand au travail équestre, pour Noé à la lumière, à la construction et à la régie générale, pour moi-même à l’écriture et la mise en piste. Cette nouvelle équipe à la direction de la compagnie n’est donc pas née de nulle part et c’est bien plus qu’une histoire de famille.

La piste, le chapiteau, m’ouvrent de nouvelles voies artistiques.

C’est l’occasion de continuer, d’aller plus loin dans ma manière d’appréhender le spectacle sous toutes ses formes.

L’occasion d’explorer des disciplines circassiennes mais aussi chorégraphiques, musicales, littéraires…

L’occasion d’être autonome scénographiquement. De concevoir un espace, un univers dans lequel le public est immergé.

Le chapiteau, le campement, permettent de penser, de choisir l’accueil du public, mais aussi des artistes et techniciens au quotidien.

Cela fait partie intégrante du projet

Pascaline Herveet